Convention fiscale 2026 : ce qu’elle règle et ce qu’elle ne règle pas
Une convention fiscale est un accord entre deux pays sur qui peut imposer quoi. Elle tranche la résidence pour son application, peut plafonner l’impôt prélevé à la source et dit comment l’État de résidence supprime le double prélèvement. Elle ne réduit rien tant que vous ne la faites pas jouer.
Une convention fiscale existe parce que deux systèmes d’impôt se chevauchent. Le pays de résidence impose en général tous vos revenus, et le pays où naît le revenu veut aussi sa part. HMRC en résume le but d’une phrase : c’est un accord entre deux pays pour que vous ne payiez pas deux fois l’impôt sur le même revenu. Elle fonctionne par soustraction. Une convention ne crée pas d’impôt que le droit interne ne prévoit pas : elle limite ou retire une imposition qui s’appliquerait sinon, pays contre pays et revenu par revenu. Trois questions couvrent presque tous les cas. Lequel des deux pays compte comme votre résidence ? Selon l’article propre à ce revenu, l’autre pays peut-il l’imposer, et à quel taux ? Comment votre pays de résidence efface-t-il ensuite le double prélèvement ? Les réponses se trouvent dans le texte de votre convention, et c’est pourquoi HMRC demande d’en vérifier les termes avant toute demande.
Ce que la convention déplace, en chiffres
L’effet le plus net porte sur l’impôt prélevé à la source. Sans convention, le taux interne s’applique. Les chiffres ci-dessous viennent de la règle générale de chaque administration, pas d’une convention précise.
| Pays payeur | Imposition interne sans convention | Ce qu’une convention peut faire |
|---|---|---|
| États-Unis | 30 % fixes sur les revenus réguliers (FDAP), sans déduction | Un taux réduit ou une exonération, selon votre pays de résidence |
| Canada | Impôt de la partie XIII, en général 25 %, sur dividendes, loyers et pensions | Un taux réduit de partie XIII |
| Royaume-Uni | Taux de base de 20 % dans l’exemple de HMRC sur un revenu britannique | Avec un taux conventionnel de 15 %, un allègement de 5 %. L’article sur les dividendes plafonne en général l’impôt britannique à 15 % |
Il faut ensuite lire l’article qui vise votre revenu. Salaires, pensions, immobilier et dividendes suivent rarement la même règle dans un même texte : une convention peut laisser un loyer pleinement imposable là où se trouve le bien et limiter les dividendes à un taux faible. L’IRS tient pour cela des tableaux qui résument les revenus exonérés ou à taux réduit. Ce ne sont que des résumés, et le texte l’emporte.
Le modèle OCDE, et ce que nous avons pu en lire
Les conventions se ressemblent souvent, et les administrations renvoient à un même gabarit, le modèle de convention fiscale publié par l’OCDE. Nous n’avons pas pu ouvrir les pages de l’OCDE en écrivant ceci : elles ont répondu par une erreur à notre outil de lecture. Nous décrivons donc ce modèle seulement à travers ce qu’en disent deux administrations. Le manuel international de HMRC indique que les règles de résidence des conventions britanniques suivent en général ce modèle de près. Le BOFiP écrit que la procédure amiable des conventions bilatérales s’inspire de son article 25, et que les conventions reprennent le plus souvent cet article ou des termes comparables. Un modèle n’est pas une loi : seule la convention signée oblige, et elle peut contenir ses propres clauses, comme le montre plus bas le texte France-Émirats.
Les textes changent aussi par une seconde voie. Une convention multilatérale signée en 2017, en vigueur depuis 2019 selon impots.gouv.fr, modifie d’un coup de nombreuses conventions bilatérales. Le site français publie donc, pour beaucoup de pays, une version consolidée modifiée par ce texte. Si vous lisez un ancien PDF, vérifiez si cette version existe.
La résidence : l’ordre des critères
Si chaque pays vous tient pour résident selon sa loi, l’article sur la résidence en retient un pour l’application de la convention. La fiche HS302 de HMRC déroule l’ordre habituel : foyer permanent, centre des intérêts vitaux, décrit par les liens sociaux, familiaux, politiques et culturels, puis séjour habituel, puis nationalité. On s’arrête au premier critère qui donne une réponse. Si aucun ne tranche, les deux administrations peuvent régler la question entre elles. Testez votre cas ci-dessus : le réglage par défaut montre un foyer dans les deux pays et des intérêts vitaux incertains, ce qui renvoie au lieu de séjour habituel. Le détail de chaque étape, avec ses pièges, se trouve dans notre guide de la double résidence fiscale.
Le résultat a des limites souvent ignorées. Le manuel INTM154020 rappelle qu’une personne résidente d’un autre pays au sens de la convention reste résidente britannique en droit interne, peut demander l’allègement et peut encore devoir déposer une déclaration. La publication 519 de l’IRS pose la limite la plus large, la clause de sauvegarde : la plupart des conventions américaines préservent le droit des États-Unis d’imposer leurs citoyens et résidents comme si la convention n’existait pas, sauf exceptions énumérées. Un citoyen américain à l’étranger ne lit donc pas une convention comme un Français ou un Britannique.
Crédit ou exemption : comment le double prélèvement disparaît
Quand deux pays peuvent imposer le même revenu, le pays de résidence efface le chevauchement, en général de deux façons, et les conventions françaises permettent de voir les deux dans un même article. L’article 19 §1 de la convention France-Émirats garde le revenu dans la base française et accorde un crédit d’impôt imputable sur l’impôt français. Il sépare ensuite les revenus en deux groupes.
| Méthode | Comment le crédit se calcule | Ce que vous payez au final |
|---|---|---|
| Crédit égal à l’impôt étranger | Égal à l’impôt payé à l’étranger, plafonné à l’impôt français sur ce revenu | En gros, le plus élevé des deux impôts : l’excédent étranger est perdu |
| Crédit égal à l’impôt français | Égal à l’impôt français sur ce revenu, quel que soit l’impôt payé à l’étranger | Pas d’impôt français sur ce revenu, mais il relève le taux du reste |
Le BOFiP dit de la seconde variante qu’elle équivaut à une exemption avec prise en compte du taux effectif. La règle du taux effectif fonctionne ainsi : l’impôt se calcule d’abord sur le revenu total, part étrangère comprise, et seule la fraction correspondant aux revenus imposables en France est due. Un revenu exonéré peut donc coûter quelque chose, car il pousse le taux du reste. C’est une surprise fréquente sur une déclaration française. La méthode dépend du revenu et de la convention : dans le texte avec l’Ouzbékistan, par exemple, les dividendes relèvent du crédit plafonné et les autres revenus du crédit complet, et ce crédit suppose pour un particulier de prouver que le revenu a bien subi l’impôt ouzbek.
Le crédit se demande au bon endroit. HMRC écrit que si un revenu est imposable au Royaume-Uni et dans votre pays de résidence, c’est ce dernier qui accorde le crédit pour l’impôt britannique, et c’est là qu’il faut le réclamer.
Où lire le texte officiel
Lisez la convention sur le site de l’une des deux administrations, pas dans un résumé. Voici celles que nous avons vérifiées.
| Administration | Ce qu’on y trouve | À savoir |
|---|---|---|
| France, impots.gouv.fr | Un sélecteur par pays, avec conventions, protocoles et versions consolidées en PDF | Une rubrique liste les textes signés mais pas encore en vigueur |
| Royaume-Uni, GOV.UK | Les conventions par pays, de A à Z, et les guides associés | Les textes remplacés sont aux National Archives |
| États-Unis, IRS | Une page de A à Z et des tableaux de conventions | L’IRS parle du texte complet de nombreuses conventions en vigueur, pas de toutes |
La faire jouer : preuves, formulaires, et quand ça coince
Une convention s’applique rarement seule. HMRC réclame avec la demande un certificat de l’administration de votre pays montrant que vous y êtes imposé sur ce revenu. La France utilise le formulaire 5000 pour les non-résidents qui demandent un taux réduit sur des dividendes, intérêts ou redevances français. Notre guide du certificat de résidence fiscale dit où obtenir cette preuve, et celui du non-résident fiscal ce qui se passe à la source sans demande. Dans un départage, votre relevé de présence peut devenir une pièce : l’application Taxlag le tient à jour.
Si les deux pays vous imposent malgré tout, la convention offre un dernier recours, la procédure amiable. Le BOFiP explique qu’on s’adresse en principe à l’autorité de l’État de résidence, ou de l’État dont on s’estime résident en cas de conflit. Les délais vont de trois mois à trois ans selon la convention, et certaines n’en fixent aucun. Ne surestimez pas l’issue : le texte précise que les États ne sont pas tenus d’aboutir à une élimination totale de la double imposition. Ils doivent s’y efforcer, sans plus.
Les questions qui reviennent
Une convention fiscale et une convention de non double imposition, est-ce la même chose ?
Oui dans la pratique. Convention fiscale, convention de non double imposition, double tax agreement ou tax treaty désignent un même type de texte, signé entre deux pays pour répartir l’imposition des revenus. HMRC parle de double taxation agreement, l’IRS de tax treaty, impots.gouv.fr de conventions internationales. Ce qui compte, c’est le texte signé par vos deux pays, car il n’y en a pas deux identiques.
Comment savoir si deux pays ont signé une convention fiscale ?
Consultez la liste publiée par l’une des deux administrations. La France a un sélecteur par pays sur impots.gouv.fr, le Royaume-Uni une collection de A à Z sur GOV.UK, et l’IRS une page de A à Z. Regardez aussi la date : la France liste à part les textes signés mais pas encore en vigueur, qui ne s’appliquent qu’après leur ratification.
La baisse d’impôt d’une convention est-elle automatique ?
En général non. Il faut la demander, preuve de résidence à l’appui. HMRC réclame un certificat de l’administration étrangère, et la France utilise le formulaire 5000 pour les retenues réduites sur les revenus de capitaux. Sans demande, le payeur peut appliquer le taux interne, comme 30 % sur de nombreux paiements américains, et il faut alors réclamer l’allègement après coup, par déclaration ou réclamation.
Qu’est-ce que la clause de sauvegarde des conventions américaines ?
Elle figure dans la plupart des conventions américaines et conserve le droit des États-Unis d’imposer leurs citoyens et résidents comme si la convention n’était pas entrée en vigueur. La publication 519 de l’IRS y voit la raison pour laquelle les étrangers résidents n’ont en général pas droit aux avantages conventionnels, sauf exceptions énumérées. Pour un citoyen américain à l’étranger, le même article donne donc bien moins.
Une convention peut-elle me faire payer un impôt que mon pays ne prévoit pas ?
Ce n’est pas sa logique habituelle. Elle répartit et limite des impositions que le droit interne crée déjà, donc un pays n’impose que si sa propre loi vise ce revenu. HMRC en décrit le but comme l’absence de double paiement. Certaines clauses conservent cependant les droits d’un pays sur certaines personnes, comme la clause de sauvegarde américaine : lisez votre texte plutôt que de présumer un allègement.
À lire ensuite
Sources officielles
Chaque règle de cette page vient de ces textes, ouverts et lus le 3 novembre 2026.
- impots.gouv.fr, les conventions internationales
- BOFiP, BOI-INT-DG-20-30-10, procédure amiable bilatérale
- BOFiP, BOI-INT-CVB-UZB-30, élimination des doubles impositions (convention France-Ouzbékistan)
- BOFiP, BOI-IR-LIQ-20-30-30, taux effectif
- impots.gouv.fr, convention fiscale France-Émirats arabes unis
- impots.gouv.fr, résident de France : le domicile fiscal
- impots.gouv.fr, certificat de résidence fiscale pour les particuliers, formulaire 731 et notice
- HMRC, HS302 Dual residents 2026
- HMRC, HS304 Non-residents, relief under double taxation agreements 2025
- HMRC, International Manual INTM154020, résidents de deux pays
- GOV.UK, conventions fiscales du Royaume-Uni
- IRS, tax treaties
- IRS, Publication 519 : guide fiscal des étrangers
- IRS, taxation of nonresident aliens
- Canada, ARC : Non-residents of Canada
Rédigé par Radif Partners
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